Caïn et Abel ou la naissance de la violence
Judaïsme face à la violence – tradition et sublimation
Traditionnellement, le judaïsme s’est souvent positionné dans une posture de critique de la violence et du pouvoir. Le Juif, en tant que minorité, en tant qu’étranger, a toujours été sensible à l’injustice, à la violence étatique, et aux manières dont les détenteurs du pouvoir et de l’autorité exercent la violence de façon arbitraire sous le couvert de raisons nobles.
En effet, une telle position critique vis-à-vis du pouvoir est plus facile à maintenir précisément lorsqu’on se trouve en position de minorité au sein d’une société majoritaire souveraine. Mais comment penser cela après 1948, lorsqu’il existe un État juif – et même un État juif puissant, avec une armée et la capacité d’exercer le pouvoir et de prendre des décisions politiques indépendantes ? Quel est le rôle des communautés juives de la diaspora par rapport au pouvoir de cet État ? Et qu’en est-il du rapport à la violence et à l’exercice du pouvoir dans l’État où nous vivons ?
Dans cette série de rencontres, nous chercherons à retracer les manières dont la tradition juive cherche à penser la question de la violence – comment elle présente et comprend la violence, mais aussi comment elle cherche à y faire face, à la raffiner, à la réguler et à la maîtriser.
Le judaïsme, comme de nombreuses autres traditions religieuses, contient en lui la violence – parce qu’il existe dans un monde où la violence existe elle aussi. Mais au fil des générations et de multiples façons fascinantes, il cherche à comprendre la violence et à la maîtriser, et il ose même imaginer un avenir – messianique – où toute violence cessera dans le monde.
Notre série de rencontres s’occupera précisément de ces questions, depuis le premier moment de violence – celui du meurtre du frère dans l’histoire de Caïn et Abel – jusqu’à la pensée messianique qui cherche à imaginer un monde qui transcende la question de la violence et qui projette depuis l’avenir espéré sur notre présent sanglant.
16 MARS : Première rencontre – Caïn et Abel, ou la naissance de la violence
Dans cette rencontre, nous chercherons à penser l’invention de la violence dans la tradition juive. Nous tenterons de comprendre les facteurs qui ont conduit à cette première mort et les manières dont la tradition juive cherche à affronter et même à réparer ce meurtre. Nous essaierons de soutenir que dans la tradition juive, le « péché originel » n’est pas la consommation du fruit de l’arbre de la connaissance mais le meurtre d’Abel par Caïn – c’est le traumatisme le plus originel du récit biblique, et c’est celui qu’il cherche à réparer.
20 AVRIL : Deuxième rencontre – Le sacrifice d’Isaac et la guerre : face à la violence divine
Chaque fois que la violence frappe à la porte du Juif, c’est l’histoire de la ligature (Akéda) qui lui vient à l’esprit. L’histoire de la ligature permet de penser le rapport entre l’obéissance à la volonté de Dieu et la violence la plus inconcevable. Et en effet, dans la guerre menée ces deux dernières années à Gaza, la ligature a occupé une place particulière où les soldats sont perçus comme Isaac sacrifiant sa vie pour Dieu, et leurs parents comme Abraham renonçant à son fils unique pour l’exigence céleste. Cependant, la fin de l’histoire de la ligature n’est-elle pas le renversement exact de cette pensée ? Ne s’agit-il pas du « non-sacrifice d’Isaac » ? Dans cette rencontre, nous essaierons de réfléchir ensemble à la manière dont l’exigence divine de violence peut se transformer en exigence de responsabilité absolue envers l’autre.
4 MAI : Troisième rencontre – Israël et la diaspora : nouvelles réflexions
L’État d’Israël a largement changé la manière dont les Juifs se comprennent eux-mêmes – en Israël, comme dans la diaspora. Néanmoins, ces dernières années, le rapport entre l’État d’Israël et les autres communautés juives change, se fragilise et exige une réflexion renouvelée. Dans cette rencontre, nous essaierons de penser les raisons de ce changement, et nous tenterons même d’imaginer une relation différente où les différentes communautés se fécondent mutuellement précisément autour du judaïsme qui les unit.
8 JUIN :Quatrième rencontre – Messianisme ou la paix éternelle
Souvent, face au monde sanglant dans lequel nous vivons, nous avons tendance à penser que seuls des rêveurs éveillés peuvent œuvrer pour un monde de paix, de justice et d’égalité. Nous avons tendance à confondre l’état du monde tel que nous le connaissons avec la manière dont il peut – et doit même – être. La tradition juive a développé une idée révolutionnaire – l’idée du messianisme. Le messianisme est la capacité de penser l’avenir au-delà des limites du présent, au-delà des guerres, des luttes de pouvoir et de la lutte des classes. Et en effet, ces dernières années, le mot « messianique » est devenu un mot grossier symbolisant un fondamentalisme aveugle et fanatique. Mais la pensée des prophètes autour du messianisme est le renversement absolu de cela, c’est la capacité d’imaginer un autre monde futur. Mais cet avenir n’est pas repoussé à la fin des temps, il peut venir à tout moment, et façonne ainsi notre présent même.
